• GRANDS BALLETS CANADIENS

    STÉPHANIE VALLET - LAPRESSE. CA

    Un vent de modernité soufflera dès ce soir sur l’oeuvre d’Igor Stravinski alors que les danseurs des Grands Ballets canadiens de Montréal (GBCM) interpréteront une relecture du Sacre du printemps et de L’Oiseau de feu, signée par Etienne Béchard et Bridget Breiner. La Presse a rencontré les chorégraphes lors d’une répétition.


    Pour sa toute première collaboration avec Les Grands Ballets, Etienne Béchard n’imaginait pas devoir revisiter une oeuvre aussi majeure que Le sacre du printemps. « J’avais confié à Ivan Cavallari [directeur artistique des GBCM] que j’aimerais un jour m’attaquer au Sacre. Mais je ne m’attendais pas à ce que ce soit l’année suivante! », s’étonne encore le jeune chorégraphe français, ancien danseur du Ballet Béjart de Lausanne.


    Pour sa relecture de ce rite païen, dansé pour la première fois par le Ballet russe sur la musique composée par Stravinski à la veille de la Première Guerre mondiale, Etienne Béchard a décidé de sauter à pieds joints dans la modernité. Loin de l’univers onirique dans lequel une jeune fille est sacrifiée au Dieu du printemps, le créateur a choisi de s’adresser aux nouvelles générations, porté par le caractère encore très actuel de la musique de Stravinski. « J’ai rapidement choisi de travailler sur notre société et les rapports de classes », précise Etienne Béchard, qui a fait évoluer les danseurs dans une arène moderne, composée de trois rampes de planche à roulettes.


    « Elles symbolisent l’arène romaine où l’on donnait du pain et des jeux au peuple. C’est aussi l’arène des riches qui s’amusent, face au peuple. Mais on peut s’imaginer ce qu’on veut. Il y a plusieurs degrés de lecture. »


    « Lors d’une répétition, quelqu’un m’a dit que ça lui faisait penser à une cale de bateau avec des migrants! Les lumières utilisées évoquent également le stade de foot, autre arène moderne », confie le chorégraphe. »


    Dans cette version du Sacre du printemps, on retrouve ainsi deux groupes de danseurs, telles deux classes sociales qui s’affrontent.


    « J’ai travaillé de manière plus contemporaine, plus au sol et violente avec les plus pauvres, et dans un style plus aérien et néoclassique avec les plus riches. Avec des danseurs aussi éclectiques que ceux des Grands Ballets, je pouvais me permettre de varier les styles, et c’est ce qui est le plus intéressant, je pense. », précise Etienne Béchard. »



    LE SACRE DU PRINTEMPS REVISITÉ

    JEANNE HOUREZ - SORSTU.CA



    S’approprier un classique.

    Grande réussite pour Le Sacre du Printemps du jeune chorégraphe Etienne Béchard, ancien danseur du Béjart Ballet Lausanne. Revisité de nombreuses fois, le ballet initialement chorégraphié par Nijinski fit scandale par sa modernité et les nouveautés qu’il proposait lors de sa création en 1913.

    La musique de Stravinsky est riche, rythmique, très ancrée dans des thèmes issus du folklore russe et demande énormément d’énergie aux danseurs qui se doivent de lui donner un sens. Etienne Béchard s’approprie totalement l’oeuvre et recrée une nouvelle chorégraphie, engagée et viscérale, tout en tenant compte de la trivialité du sujet initial. Il n’est pas étonnant de le savoir ancien danseur de la compagnie Béjart car l’intelligence et la maîtrise de la pièce s’en ressentent. On y retrouve d’ailleurs certains aspects de la chorégraphie de Nijinky.

    S’opposent sur scène deux groupes de danseurs, les gens du haut, habillés sombrement qui s’activent de manière plus néoclassique, plus snob, en regardant avec mépris les gens du bas, qui eux, se mouvent dans une danse beaucoup plus ancrée dans le sol, sportive et désespérée. C’est véritablement dans cette pièce que l’on a pu sentir l’esprit de cohésion et de synchronisme de la compagnie, qui semble maîtriser totalement cette nouvelle chorégraphie. Les danseurs sont possédés par cette musique entraînante, à la limite de la folie, interprétée avec beaucoup de dynamisme, malgré quelques problèmes de justesse, par l’orchestre des Grands Ballets dirigé par Jean-François Rivest.