• DANS UN RYTHME D’ENFER, SORTIR DU CADRE! JE DANSE DONC JE SUIS…

    DEASHELLE ARTS ET LETTRES



    BOB’ART et Pop art, Béjart et Béchard, Danse et Pense : jusqu’où iront les jeux de mots ? Voici un spectacle rebelle très fignolé, monté avec un dynamisme de feu et l’énergie salvatrice du rire. Sortir du cadre : imaginez des cascades de corps sur des miroirs, des tableaux de maître au murs qui s’animent, les faux–semblants d’un cocktail de vernissage, une parodie du boléro de Ravel à cappella, et quatre hommes et une femme bobstyle, coiffure au carré, dans un même bateau.

    Ils sont tous animés par la flamme artistique et se connaissent depuis qu’ils ont quitté l’école. Up and down, ils dansent sur l’eau ! C’est leur quatrième spectacle qui se joue actuellement à bureau fermé au théâtre Marni. Les 5 danseurs sont issus de la compagnie mondialement connue que le très regretté chorégraphe français Maurice Béjart fonda à Lausanne, en Suisse, en 1987, lorsqu’il quitta Bruxelles et le Théâtre de la Monnaie, mettant ainsi un terme au prestigieux Ballet du XXe siècle. Jeunes, débordants de talent et d’idées, ces danseurs ont choisi de créer leur propre compagnie il y a trois ans: Opinion Public.

    Audacieux plongeon dans l’inconnu, ils ont fait le choix de développer leur propre style, dans un cadre où les danseurs se sentent responsables de toute la production: musique, texte, chorégraphie, lumières... Avec beaucoup de brio ces jeunes artistes, quatre hommes une femme, décortiquent la vanité et les hypocrisies de la société dans ce dernier spectacle. On est éclaboussé par le surréalisme d’une histoire de chat qui danserait sur l’eau en portugais - mais les mimiques font mouche - et le spectacle traduit avec grande sensibilité corporelle l’inquiétude devant la manipulation de nos vies. Ne veut-on pas bientôt d’abord savoir ce que l’emploi de demain réservera à nos jeunes, avant de dispenser l’indispensable enseignement de notre culture ?

    Corps à corps en accords et désaccords, rotations et glissages vertigineuses au sol, retouràlavieaufildel’eau.Lescorpsflottent et se conduisent comme des chevelures. Abandons et envols. La souplesse vitale suspendueparlefild’unvêtement!Esquives, étreintes, violences, prises improbables, les couples éphémères dansent leurs batailles sur des crescendos musicaux et dans des creux de silence. Les changements de costumes sont émaillés de confidences: « le bonheur est enterré au fond du jardin! » Des groupes de pingouins, morses, phoques, et autres grenouilles se dandinent sur la noire banquise du plateau. Les voilà qui roulent leur miroir et cela devient un travail de percussions à la chaîne ou une Parodie de clowns sur chaises musicales.... Les grimaces snob sont artistiquement décapées par une attitude poétique très perceptible dans la chorégraphie et dans les mouvements en canons. A la fin c’est le corps humain dans toute sa sacralité qui a le dernier mot.


    UNE BONNE BOUFFÉE D’OXYGÈNE

    J.M. GOURREAU CRITIPHOTODANSE



    Voilà un Boléro dont on se souviendra longtemps ! Nombre de chorégraphes se sont laissé envoûter par la partition poignante de Ravel, entre autres - et surtout - Maurice Béjart qui a conçu à partir de cette musique une œuvre d’une puissance étonnante, laquelle restera à jamais gravée dans les mémoires. Or, ne voilà t’il pas que quelques unes de ses émules sous la houlette d’un tout jeune chorégraphe, Etienne Béchard, se sont elles aussi, attaquées à ce chef d’œuvre Ravélien, mais pas tout à fait dans le même sens que leurs prédécesseurs : en effet certains jeunes un tantinet moqueurs et contestataires - et on ne peut leur en vouloir, bien au contraire - s’appliquent fort judicieusement aujourd’hui à brocarder et tourner en dérision certains concepts ou fantasmes que notre société a monté en épingle pour les imposer.

    Tel est le propos de la dernière création de la compagnie « Opinion public », BOB’ART, qui prend d’une manière fort adroite pour modèle et pour cible certaines créations contemporaines du domaine de la mode ou de l’art, afin de mettre en avant leur côté dérisoire et d’en montrer le ridicule sous- jacent, lequel sera bien évidemment transmis aux générations futures... L’art de Terpsichore n’a bien sûr pas échappé à leurs sarcasmes, et le choix du Boléro sur lequel ils ont jeté leur dévolu ne s’avère pas tout à fait innocent.

    Les cinq interprètes se sont en effet tous rencontrés à Rudra, l’École de Maurice Béjart à Lausanne, et quatre d’entre eux ont fait partie de la compagnie de ce maître. Or, s’ils ont créé un petit bijou d’humour et de dérision sur cette partition, d’ailleurs remarquablement transposée pour la voix, ce n’est pas tant pour se confronter eux aussi à cette musique « sacrée » que pour montrer qu’elle pouvait également être utilisée selon un mode divertissant et jubilatoire, en s’inspirant des personnages de Walt Disney et de certains cartoons américains comme les célèbres dessins animés de William Hannah et Joseph Barbera produits par la MGM dans les années 40-50. Et ce, tout en faisant appel à une technique classique sophistiquée parfaitement maîtrisée, ce qui a fasciné le public au début du spectacle. Les autres clins d’œil et parodies tant à la musique qu’à la peinture ou la mode se sont avérées elles aussi désopilantes, pleines de finesse et de trouvailles fort originales, les protagonistes n’ayant pas peur d’en souligner le côté absurde.

    A ce titre, leur dissertation vociférée, mimée et dansée devant une toile d’une blancheur immaculée n’était pas piquée des hannetons, suivant l’expression consacrée... Bref, une bonne bouffée d’oxygène en cette morose période de crise...